Chevaux au pré : avantages, inconvénients et effets sur la prairie
Le pré simple est de loin le mode d'hébergement le plus répandu, et il recouvre des situations assez différentes : un grand pré occupé toute l'année, ou deux prés qu'on alterne au fil des saisons. Voici ce que chacune apporte, ce qu'elle demande de surveiller, et ce qu'elle fait au sol et à l'herbe.
Le pré unique
Les chevaux occupent la même surface toute l'année. C'est l'organisation la plus simple qui soit : rien à déplacer, rien à programmer. Ils circulent librement sur l'ensemble de l'espace, y choisissent leurs coins de repos et leurs coins de pâture, et l'herbe pousse sous eux en permanence.
Ce qu'il a pour lui. Aucun investissement au-delà de la clôture extérieure, et aucune contrainte quotidienne : on ne déplace rien, on n'ouvre rien. Les chevaux disposent à tout moment de l'ensemble de leur espace, ce qui les laisse bouger et s'éviter à leur gré — un confort réel quand le groupe est nombreux. Et si la surface est grande au regard du nombre de chevaux, l'herbe suit sans difficulté.
Ce qu'il demande de surveiller. Les chevaux ne broutent pas partout de la même façon : ils reviennent sur les zones d'herbe jeune et courte, qu'ils préfèrent, et délaissent celles où l'herbe a monté. Ces zones délaissées s'appellent des refus. Le pré se sépare peu à peu en deux terrains — des parties tondues en permanence, et des parties hautes que personne ne touche. Les crottins, eux, restent sur place toute l'année, ce qui demande une attention particulière au parasitisme.
Pour la prairie. Les zones rases s'usent : l'herbe y repart sans cesse sans avoir reconstitué ses réserves et finit par s'éclaircir, laissant la place aux plantes qui supportent le piétinement. Les refus montent en épi et perdent en valeur alimentaire. En hiver, le piétinement touche l'ensemble de la surface, puisqu'il n'y a pas d'autre endroit où les chevaux puissent se tenir.
Sans aucune alternance, l'herbe n'a jamais le temps de se refaire, et l'écart entre les zones rases et les refus se creuse d'année en année. C'est souvent ce constat qui amène à occuper deux prés à tour de rôle.
Le pré d'été et le pré d'hiver
Deux prés, occupés en alternance selon la saison. C'est une pratique très répandue, souvent née du terrain lui-même : un pré qui porte mal quand il pleut, un autre plus sec ou plus proche des bâtiments. Le changement se fait une ou deux fois par an, sans matériel particulier.
Ce qu'il a pour lui. La simplicité du pré unique, avec une alternance en plus : chaque pré passe plusieurs mois sans recevoir personne. Le pré d'été, en particulier, traverse toute la mauvaise saison sans être piétiné — il garde son couvert végétal, sa structure de sol, et repart au printemps sur ce qu'il avait. Et quand le pré d'hiver est nettement le plus petit des deux, il joue le rôle d'une zone de vie : le piétinement se concentre là, et l'essentiel de la surface est préservé.
Ce qu'il demande de surveiller. Le pré d'hiver encaisse la mauvaise saison sur l'ensemble de sa surface, et d'autant plus qu'il est grand : le piétinement s'y répartit partout au lieu de se concentrer. Du côté du pré d'été, une fois ouvert, il reste occupé sans interruption pendant toute la saison de pousse — les zones rases et les refus s'y installent comme sur un pré unique, à l'échelle d'une saison au lieu d'une année. Reste enfin le moment de la bascule, qui se joue à l'état du terrain plus qu'à la date.
Pour la prairie. Le repos est long, mais il tombe surtout en dehors de la saison de pousse. Or une prairie se refait en poussant : l'hiver la protège, il ne la reconstitue pas. Le pré d'été, lui, n'a aucune pause d'avril à octobre, c'est-à-dire pendant toute la période où une pause aurait un effet. Sur la durée, le couvert s'éclaircit des deux côtés — le pré d'hiver par le piétinement, le pré d'été par le pâturage continu. Et une fois la place libre, ce sont des plantes pionnières qui s'installent : rumex, chardons, renoncules, celles qui colonisent les sols tassés ou mis à nu. Elles ne nourrissent pas les chevaux, et le rendement en herbe s'en ressent.
Le repos existe, et il est long — mais il se situe au moment où l'herbe ne pousse pas.
Le pré la journée, le box la nuit
Les chevaux sortent au pré dans la journée et rentrent le soir au box, à l'écurie ou sur un paddock. C'est une organisation très répandue, notamment là où le terrain manque ou dans les structures de sport. Le temps de pâturage est réglé par l'homme — de quelques heures à la journée entière — et varie souvent selon la saison.
Ce qu'il a pour lui. La pression sur le pré est fractionnée : les chevaux n'y sont qu'une partie du temps, et le piétinement nocturne disparaît. L'hiver surtout, le terrain peut être largement préservé si l'on ne sort que par temps portant — le pré traverse alors la mauvaise saison sans être marqué. Le temps d'accès se règle finement, ce qui est utile quand l'herbe est rare ou qu'un cheval doit limiter sa consommation.
Ce qu'il demande de surveiller. Les mêmes points que sur un pré unique : la surface reste ouverte en permanence pendant toute la saison, donc les chevaux y reviennent sur les mêmes zones d'herbe jeune, les refus s'installent, et les crottins restent sur place. À cela s'ajoute une idée reçue utile à connaître : des chevaux habitués à ne sortir que le jour apprennent à gérer leur temps de pâturage, et mangent parfois presque autant d'herbe qu'en restant dehors en permanence. Réduire le temps de présence ne réduit pas la consommation d'autant.
Pour la prairie. Le sol souffre nettement moins, surtout en saison humide : c'est le bénéfice principal de cette organisation, et il est réel. Le couvert, lui, évolue comme sur un pré unique, simplement plus lentement. Et comme ce mode va souvent de pair avec une petite surface, la pression par hectare reste forte malgré les heures réduites.
Réduire le temps de présence protège le sol, mais ne change pas la façon dont les chevaux choisissent leur herbe.
Ces formes ont pour elles leur simplicité, et c'est ce qui explique qu'elles soient les plus répandues. Si vous souhaitez aller plus loin et donner à vos prés un repos pendant la saison de pousse, le guide du pâturage tournant explique comment diviser un terrain et conduire une rotation.
Et dans votre pré ?
Regardez votre pré à la fin de l'été : repérez les parties tondues à ras et celles où l'herbe a monté sans être touchée. Leur proportion vous dit où en est votre couvert, bien mieux qu'une impression d'ensemble.