Plantes toxiques pour les chevaux : 100 espèces classées par milieu

Il est important d’identifier les plantes présentes dans le pré de ses chevaux, et de se renseigner sur chacune. Certaines ne seront jamais touchées. D’autres sont toxiques et appétentes, donc broutées volontiers. D’autres encore, refusées d’ordinaire, finissent mangées quand il n’y a plus rien à côté.

Pourquoi identifier ce qui pousse chez soi

Un cheval n’est pas un botaniste. L’idée qu’il saurait d’instinct écarter ce qui lui fait du mal est rassurante, et fausse assez souvent pour qu’on ne construise rien dessus.

Trois cas se présentent, et ils n’appellent pas la même réponse. Certaines plantes toxiques sont amères, coriaces ou piquantes : elles restent debout toute la saison, contournées, et ne posent pas de problème tant que l’herbe ne manque pas. D’autres sont toxiques et appétentes — la porcelle enracinée, par exemple, que les chevaux broutent volontiers et qui est soupçonnée de provoquer le harper australien. Celles-là ne se règlent pas toutes seules. D’autres enfin sont refusées d’ordinaire et finissent mangées quand il n’y a plus rien d’autre : un pré surpâturé en fin d’été réduit le choix jusqu’à ce que le choix disparaisse.

Le tri du cheval n’est pas une sécurité. C’est une préférence, et une préférence se renverse quand l’herbe manque.

Deux circonstances retirent complètement la décision au cheval. La première est le foin : une plante fauchée avec l’herbe se retrouve dans la balle, sèche, mélangée, sans son amertume ni sa forme reconnaissable. Le séneçon, le colchique et le galéga restent toxiques une fois secs — pour le galéga, 10 % d’une balle suffisent. La seconde est la taille de haie jetée dans le pré ou par-dessus la clôture : l’if, le thuya et le laurier-cerise sont ignorés sur pied et mangés en tas. Les feuilles de Prunus, elles, libèrent du cyanure en se flétrissant : coupées, elles sont plus dangereuses que sur l’arbre.

Identifier ce qui pousse chez soi demande deux gestes, et ce ne sont pas les mêmes outils. Nommer la plante : une application de reconnaissance comme Pl@ntNet le fait à partir d’une photo. Savoir ce que ce nom vaut pour un cheval : c’est ce que fait la base d’Eponia, et c’est elle qu’on trouve ci-dessous.

Une plante qu’on n’a pas nommée ne peut être ni surveillée ni écartée.

Comment lire les niveaux de gravité

Les plantes sont rangées par le milieu où on les rencontre, parce que c’est dans cet ordre qu’on parcourt un pré : le plat de la prairie, le bas humide, les bords, la haie, les arbres. Chaque espèce porte en plus son niveau de gravité, parce que c’est lui qui dit s’il faut agir aujourd’hui ou simplement savoir.

Quatre niveaux. Critique : peut tuer à faible dose. Élevé : intoxication grave documentée chez le cheval. Ces deux-là déclenchent une alerte rouge dans l’application ; les autres sont affichés sans alarme, parce qu’une alerte qui sonne toujours ne protège plus personne. Modéré : troubles documentés, le plus souvent après une ingestion répétée ou importante. Faible : toxicité connue mais bénigne, ou très rarement exprimée chez le cheval.

Liste non exhaustive. Elle compte 100 entrées : une espèce précise, ou un genre entier quand tout le genre est concerné — soit près de 600 espèces au total. Une plante qui n’y figure pas n’est pas pour autant une plante sans danger : c’est une plante sur laquelle nous n’avons pas de source que nous jugeons fiable. La base s’étoffe, et cette page est régénérée avec elle.

Prairie sèche et sol mis à nu 14

La pelouse, et les plaques que le pâturage y ouvre. Le séneçon jacobée et la porcelle poussent dans l'herbe elle-même — et les chevaux broutent la seconde volontiers. Les autres profitent des endroits où le couvert s'est retiré : le tour de l'abreuvoir, les coulées, une parcelle laissée trop longtemps aux mêmes chevaux.

Prairie humide, fossés et bords de mare 16

Le bas du pré, la bordure du fossé, le tour de la mare. On y trouve les deux ciguës aquatiques, parmi les plus dangereuses qui soient, et le colchique, qui fleurit à l'automne dans les prés frais et reste actif une fois le foin sec.

Terre retournée, fumier et bords de chemin 26

Ces plantes-là demandent une terre retournée, fumée ou remuée. Dans un pré, cela désigne le tas de fumier et le point de nourrissage bien plus que la prairie ; ailleurs, les bords de chemin, les remblais et les cultures. Elles atteignent le cheval autrement : par un foin récolté trop bas, par une clôture qui longe un fossé, par un accès mal fermé.

Lisières, bords de bois et haies champêtres 20

L'ombre et la bordure. Les chevaux y cherchent la fraîcheur en été et l'écorce en hiver. La plupart de ces espèces sont des arbustes ou des lianes : c'est la haie qu'on inspecte, à hauteur de tête, pas le sol.

Haies et arbustes plantés 15

Aucune de ces plantes n'est arrivée là toute seule : elles ont été posées par quelqu'un, autour d'une maison, d'un manège, d'un parking. Le pré n'est presque jamais le problème — le tas de tailles jeté par-dessus la clôture, si. Les feuilles coupées gardent leur toxicité et perdent leur amertume.

Arbres du pré et de bordure 9

Le danger vient d'en haut, et il a une saison : glands en automne, samares et jeunes pousses d'érable au printemps, feuilles flétries après un coup de vent. Un arbre peut être sans danger onze mois sur douze.

Chaque milieu ouvre sur la liste complète, où les 100 espèces sont détaillées et cherchables par leur nom : la liste des plantes toxiques pour les chevaux.

Ce que le foin ne trie pas

Vingt de ces plantes restent dangereuses une fois sèches, et c’est le cas le plus difficile à surveiller : on n’inspecte pas une balle comme on inspecte un pré. Le séneçon en est l’exemple. Amer et contourné sur pied, il perd son amertume au séchage et garde ses alcaloïdes, qui s’accumulent dans le foie sur des mois. L’intoxication est chronique, sans épisode aigu, et se déclare longtemps après la balle qui l’a causée.

Le filtre seulement les plantes du foin, en haut de la liste, isole ces vingt-là. C’est la liste à avoir en tête quand on va voir une prairie de fauche avant d’acheter — bien plus utile que de trier au râtelier.

Une prairie dense laisse moins de place

Il faut être précis sur ce que la conduite du pré change ici, parce que la tentation d’attribuer à la rotation plus qu’elle ne fait est grande. Confrontées à l’ensemble de la flore sur les indices de perturbation publiés (DIV 2023), ces 100 plantes ne se distinguent pas : elles ne sont pas davantage des plantes de milieu remué que la moyenne. On en trouve dans tous les milieux, et les haies en portent plus du double de la prairie.

Deux effets réels, tout de même. Le premier tient au couvert. Une parcelle qui se repose jusqu’au stade trois feuilles talle : la touffe produit de nouvelles tiges et se densifie. Une prairie menée en rotation fait la part belle aux graminées, et une herbe dense ne laisse pas beaucoup de terre libre. Or presque toutes les plantes de cette liste s’installent par la graine, et une graine a besoin d’une ouverture. Moins d’ouvertures, moins d’installations — de n’importe quoi, toxique ou non.

Le second est plus direct. Un cheval qui a de l’herbe ne va pas chercher ce qu’il refuse d’ordinaire : la troisième situation décrite plus haut, la plante boudée qu’on finit par manger faute de mieux, disparaît quand la parcelle porte de quoi manger.

Ce que la rotation ne fait pas, en revanche : elle n’enlève rien de ce qui est déjà en place. L’if de la haie, le chêne de la bordure et le colchique du bas-fond resteront. Aucun couvert ne concurrence un arbre.

Une herbe dense n’élimine pas une plante toxique. Elle lui retire la place où s’installer, et au cheval la raison d’y toucher.

La méthode, parcelle par parcelle, est détaillée dans le guide du pâturage tournant.

Et dans votre pré ?

Faites le tour de votre pré une fois au printemps et une fois en fin d’été, le téléphone à la main. Les deux moments ne donnent pas la même liste : ce qui pousse en mai n’est pas ce qui occupe les plaques pelées de septembre.